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Intervention de Laurent Fabius à la Convention fédérale des Français à l’étranger

Laurent Fabius est intervenu à la Convention fédérale des Français à l’étranger qui s'est tenue à l'Assemblée Nationale le 29 août dernier. Voici le texte de son discours.

Chers camarades,

Je suis heureux d’être parmi vous et vous remercie d’avoir organisé cette rencontre. L’échéance présidentielle de 2007 sera bien plus qu’une élection, elle marquera une orientation : ou bien la droite l’emporte et notre pays s’alignera sur le modèle hyperlibéral dominant, ou bien c’est la gauche qui est victorieuse et une politique alternative, de volonté et de résistance, doit être possible pour la France, l’Europe et le monde. C’est pourquoi l’enjeu exige le débat et des rencontres telles que celle que vous rendez possible aujourd’hui. Avant dé répondre à vos questions au cours de l’après-midi, je souhaite concentrer mon propos sur trois enjeux qui me tiennent à cœur et qui vous préoccupent comme citoyens.

1) A quelles conditions le Parti Socialiste et la Gauche peuvent-ils gagner en 2007 ?

Avant tout, nous devons faire une analyse exacte de nos passages successifs aux responsabilités et de notre défaite collective de 2002. S’il s’agit de mener en 2007 exactement la même politique que par le passé, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Nous devons montrer que le Parti Socialiste a mesuré les attentes du pays qui se sont exprimées, ces dernières années, par des votes – lors des scrutins de 2004 ou du référendum de 2005 – et dans les mobilisations sociales – pour les retraites ou contre le CPE. C’est pourquoi j’insiste pour ma part, depuis déjà longtemps, sur le pouvoir d’achat, les services publics, la laïcité ou encore l’écologie active. Tirer les leçons de l’expérience, en positif comme en négatif, c’est un préalable absolu pour mener une bonne campagne puis réussir l’action gouvernementale.

Nous devons aussi présenter aux Français un projet mobilisateur et concret. En 2002, notre projet ne l’était pas suffisamment et on ne gagne jamais les élections sur un bilan, fût-il excellent. Le projet socialiste que nous avons collectivement adopté en juin est un bon projet, que je soutiens pleinement et qui reprend plusieurs propositions que j’ai eu l’occasion de porter, avec d’autres, au sein du Parti Socialiste. Ce projet ne doit pas être affadi, encore moins démoli – je m’oppose, pour ma part, à la distanciation voire la démolition opérée par certains camarades qui, après avoir déclaré leur fidélité au projet, le taillent en pièces. En revanche, je souhaite préciser et enrichir notre projet socialiste. C’est le sens des sept engagements pour 2007 que j’ai rendus publics la semaine dernière pour l’augmentation du Smic et la réduction des inégalités de rémunération, pour le droit effectif au logement ou encore pour la réorientation politique de l’Europe, notamment en matière fiscale, sociale, institutionnelle et de défense. Pourquoi des propositions précises ? Parce qu’il faut que les Français sachent précisément ce qui changera dans leur vie s’ils élisent le candidat socialiste.

La troisième condition pour gagner face à la droite, c’est de permettre le rassemblement durable de la gauche. Pour mener campagne, c’est une évidence. Pour gouverner et transformer, c’est une exigence. Mais le rassemblement des forces de gauche ne sera possible que si le diagnostic de 2002 et le projet pour 2007 sont clairement à gauche.

2) 2007 devra être l’élection du vrai changement en France, mais aussi en direction de l’extérieur.

Vous êtes les représentants des Français à l’étranger et, à ce titre, plus concernés encore que d’autres par la politique extérieure de la France. Je plaide pour une diplomatie nouvelle que je veux esquisser à grands traits.

La nouvelle diplomatie de la gauche sera plus démocratique et moins personnalisée. Bien entendu, le président de la République, chef de l’Etat et des armées, gardera une responsabilité importante et même prépondérante lors des négociations et des rencontres internationales : il en aura la légitimité par le suffrage universel et le devoir. Mais s’il ne saurait devenir un collectif auto-gestionnaire, le président de la République ne doit pas – comme c’est hélas le cas avec J. Chirac et comme ce fut parfois le cas avec la gauche – personnaliser à outrance ou à l’extrême sa relation avec les autres pays. La politique étrangère ne doit pas échapper au contrôle parlementaire.

La nouvelle diplomatie sera celle du développement et des droits de l’homme. Ce n’est pas suffisamment le cas aujourd’hui. C’est pourtant la mission de la France et c’est son intérêt.

La nouvelle diplomatie sera celle de la relance et de la réorientation de l’Europe. Vous savez la position que j’ai prise lors de la discussion du traité constitutionnel européen. Nos votes ont été divers au sein du Parti Socialiste, mais les Français ont tranché, ainsi d’ailleurs qu’une majorité d’électeurs de gauche et d’électeurs socialistes qui se sont prononcés pour le Non. Notre projet en tient compte. Mais là aussi, je veux l’enrichir et le préciser, d’autant que le prochain président de la République présidera l’Union européenne en 2008 et aura, à ce titre, à conduire la renégociation de la Constitution en la recentrant sur les valeurs et les institutions. D’autres dossiers devront être tranchés au cours du prochain quinquennat : la constitution d’un môle de pays euro-volontaires autour de l’eurogroupe ; l’adoption d’un traité social et fiscal afin de lutter contre le dumping et les délocalisations ; la construction d’une défense européenne avec pour socle une armée franco-allemande, magnifique symbole de paix et de puissance européennes ; les nouveaux élargissements qui devront être subordonnés, à mes yeux, au respect d’engagements clairs en faveur du fiscal et du social.

La nouvelle diplomatie sera celle d’une relation clarifiée avec les Etats-Unis. Les Etats-Unis ont un grand rôle à jouer dans le monde. L’élection d’un président démocrate après George W. Bush marquera une inflexion, mais pas forcément – hélas ! – une réorientation fondamentale de la doctrine américaine à l’égard des autres continents ou du « choc des civilisations ». Je récuse l’anti-américanisme primaire et je ne suis pas un partisan du suivisme des positions de Washington ou de l’OTAN. Là aussi, il faudra être plus précis et surtout plus efficace que J. Chirac qui, s’il a pu avoir des intuitions justes, les a appliquées en général de façon désastreuse au point de nous isoler d’une partie de la communauté internationale.

3) Enfin, le vrai changement en 2007 ne devra pas laisser de côté nos compatriotes à l’étranger.

Je connais bien le monde et, aujourd’hui comme dans mes différentes responsabilités d’Etat, j’ai eu la chance de le sillonner, de l’observer, de le comprendre. Dans mes déplacements, je rencontre les Français qui sont expatriés et je constate une évolution avec le temps. Pour trop de responsables gouvernementaux, les Français à l’étranger sont considérés comme des Français étranges… Dans certains ministères ou certains médias parisiens, on les imagine comme des nababs gâtés par la multinationale qui les emploie ou cajolés par l’administration qui les envoie. C’est une caricature ! Les Français à l’étranger sont désormais constitués d’une majorité de binationaux dont la situation personnelle, professionnelle, matérielle, financière, impose de nouveaux besoins, donc de nouvelles réponses.

Le projet socialiste est porteur de deux propositions justes en leur direction : l’élection au suffrage universel direct de députés représentant les Français à l’étranger afin qu’ils participent à l’élaboration des lois de la République et la co-tutelle entre les ministères de l’Education Nationale et des Affaires étrangères pour l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger. Ce sont deux avancées attendues et positives.

Je souhaite enrichir et préciser notre projet en formulant trois propositions inspirées des réflexions de votre Fédération et qui seront à notre portée si nous l’emportons en 2007. En matière d’enseignement, je plaide pour une réduction du coût à la charge des familles – l’objectif d’un allégement de l’ordre de 25 % d’ici la fin de la législature est envisageable. En matière de solidarité et d’accès à l’emploi, il faudra créer une Agence pour l’Action Sociale et l’Emploi sous forme d’établissement public afin de mutualiser et renforcer les outils existants. Enfin, la sécurité de nos compatriotes à l’étranger est un impératif absolu dans un monde traversé de menaces et de risques, ce qui suppose que soit reposée la question des moyens alloués à nos représentations, notamment à nos consulats actuellement précarisés par le gouvernement.

Chers camarades, vous êtes les Français de l’étranger, mais vous n’êtes pas étrangers à la France, à son avenir, à son rayonnement. Vous appartenez à la communauté nationale et comprendrez donc, peut-être mieux que d’autres, pourquoi j’entends, devant les socialistes puis devant les électeurs, parler de la France. Cette idée et cette réalité ne sont pas réservées à la droite ou à l’extrême droite. Je suis fier, nous sommes fiers d’être Français. Notre patriotisme n’est pas théorique ou nationaliste, mais concret et ouvert sur le monde. La France a un grand rôle à jouer dans le monde et la francophonie aussi. 2007 doit permettre à la gauche et aux socialistes de le montrer avec force pour la paix, pour la croissance, pour le développement solidaire, pour l’écologie active, pour les droits de l’homme.

Ven, 08/09/2006 - 19:47

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